Ce matin-là, je m'étais réveillé à 5 heures, en silence, pour laisser toute la famille dormir. Au programme, une ballade du côté de la face sud du Chambeyron.
Avec ses 3412 m, l'aiguille de Chambeyron est le point culminant du département des Alpes de Haute-Provence (04 - France). Elle fait partie de tout un ensemble de pics entourés par de nombreus
autres sommets. C'est pourquoi ce massif est peu visible et nécessite de chausser une bonne paire de chaussures de randonnée pour les observer.
Ayant déjà fait une approche par le nord il y a deux ans, et rêvant d'admirer la chaîne de lacs aux pieds du versant sud, je me suis donc préparé pour cette randonnée solo.
Armé de mon appareil photo, d'un sac contenant le strict minimum (eau, carte, matériel de secours et de survie, barres énergétiques et de quoi se changer selon le temps), j'ai donc mis le moteur en
marche pour me rendre à Fouillouse (1902 m).
Ce petit village accessible depuis Saint-Paul-sur-Ubaye et la Grande-Serennes par le petit pont pittoresque du Châtelet est le berceau de la famille de feu l'Abbé Pierre. Une association récolte
des fonds pour restaurer son église.
Cette randonnée démarre donc à 6h au parking de Fouillouse. Il faut tout d'abord traverser le village. A cette heure, les refuges, gîtes, et autres bars sont encore clos. Cela ajoute un peu plus à
mon sentiment de solitude, mais l'envie de voir les couleurs du lever de soleil me pousse à avancer.
Peu après le village, un embranchement invite à bigurquer à gauche vers le refuge du Chambeyron et le lac des Neufs Couleurs, but ultime de ma marche. Préférant le végétal au minéral, je continue
sur mon chemin en direction de l'ouvrage militaire de Plate-Lombarde.
La première partie de la montée se fait donc à travers un petit bois sur l'ancien chemin utilisé par les militaires pour la construction de cet ouvrage. J'y ai rencontré un troupeau de moutons
parqués, encore endormis, et des randonneurs qui avaient pris un peu d'avance mais qui continuaient de se reposer dans leur tente.
La montée est agréable : les animaux se réveillent, les marmottes sifflent à mon passage et les oiseaux commencent à voler d'un arbre à l'autre.
En me retournant, je peux voir derrière moi les couleurs du lever de soleil qui commencent à inonder les sommets. Le spectacle est magnifique : j'avance, je me retourne, admire, recommence. Puis
les montagnes sur ma droite sont à leur tour illuminées par le soleil.
Je suis seul sur ce chemin, il n'y a que les marmottes pour me tenir compagnie. La montagne est grande, majestueuse, et je me sens ridiculement petit.
Après 45 minutes, j'atteinds l'ouvrage de Plate-Lombarde. Cet ouvrage de la ligne Maginot a été construit de 1932 à 1935. Lors de l'assaut italien en juin 1940, il a été le premier à donner
l'alerte en apercevant les troupes militaires passer le col du Vallonnet surveillé par cet ouvrage. Des photos et informations complémentaires sont disponibles sur le site du
ministère de la culture.
Le chemin se sépare alors en deux : soit on monte vers le col du Vallonnet à travers de magnifiques prairies, soit on prend le chemin de gauche montant au pas de la Couletta à travers le
vallon des Aoupets et le replat des Génisses. D'abord simple, la montée s'accentue. Mais la difficulté s'efface à la traversée de champs d'édelweiss.
Le chemin serpente à travers des blocs rocheux impressionnants, habités en contrebas par des familles de marmottes intriguées par mon passage, mais toujours aussi peureuses.
Puis arrive une première récompense : un peu avant le pas de la Couletta, l'aiguille de Chambeyron apparaît. La vue est grandiose et la fatigue disparaît.
En continuant la montée, on atteind le Pas de la Couletta. Ce petit col domine le Lac premier et le refuge du Chambeyron, mais il faudra descendre un peu plus bas pour pouvoir l'observer dans
sa totalité.
Ce lac est le dernier de la série d'étendues d'eau que le randonneur peut observer sur ce parcours. Il est donc le premier que l'on observe en arrivant de Fouillouse. On peut noter que la première
bifurcation peu après Fouillouse arrive directement au refuge du Chambeyron.
Je reprends ensuite ma route pour atteindre un nouveau lac : le lac Long. C'est ici que se rejoignent les deux chemins qui s'étaient séparés quelques 800 m plus bas. Ce petit lac tout en longueur
n'a rien à envier au Lac Premier.
Désormais le chemin est en pente ascendante douce avec de nombreux replats ce qui permet de reposer un peu les muscles des jambes qui commençaient à fatiguer. Le sentier court entre des blocs
rocheux tout le long de l'aiguille de Chambeyron.
Puis un autre petit lac apparait. Encore partiellement recouvert de neige, je jette un coup d'oeil sur ma carte et m'aperçois que la récompense ultime approche.
Enfin, après 2 heures d'ascension, le Graal de cette randonnée s'offre à moi. Il est là devant mes yeux (et mon objectif, pas suffisamment large pour vous l'offrir en totalité à cet instant), moi
qui ne l'avait observé que par procuration à travers photos de livres ou de cartes postales
Je découvre ce lac majestueux, dont les couleurs changent d'une seconde à l'autre en fonction du soleil qui continue de se lever. De larges bandes de neige recouvrent encore les berges ouest que je
me décide à parcourir un peu. Lorsque le fond est visible, la clarté de l'eau est impressionnante et les contrastes entre neige, eau et minéral sont sources de clichés nombreux.
Les jeux de lumières sont impressionnants : le lac peut être sombre puis, le temps de tourner la tête, redevenir éclatant. A cette heure encore matinale, le lac n'est pas encore baigné en totalité
par le soleil qui n'est pas encore très haut dans le ciel, et les sommets à plus de 3000 m autour n'aident pas les rayons à passer jusqu'à sa surface.
N'ayant aucune envie de faire un plongeon dans le lac, je me déplace sur les névés avec attention : la neige a gelé en surface et est donc glissante, et je ne sais pas ce qui se trouve en-dessous.
Berge ou eau, solide ou liquide ?
D'autres randonneurs arrivent au lac et deux courageux font leur paquetage : à l'abris d'un petit muret, sur une pierre plate, ils ont passé la nuit ici.
Le lac des Neuf Couleurs est entouré par des sommets de plus de 3000m : l'Aiguille de Chambeyron au nord, le Brec de l'Homme au nord-est, la tête de la Fréma au sud-est et le Brec de
Chambeyron au sud-ouest. Certains sommets sont accessibles, d'autres nécessitent un entraînement et une condition physique adaptés à l'escalade. Pour ma part, je décide de pousser un peu plus loin
et de monter jusqu'au col de le Gypière qui surplomble à 2927m le lac des Neuf Couleurs.
La montée est raide et n'est pas facilitée par la présence d'un névé sur les flancs de la montagne. N'ayant pas de bâtons, j'avance prudemment : un faux pas et c'est une glissade assurée de
plusieurs dizaines de mètres jusque dans le lac ! Mais la vue est étourdissante : le lac apparait dans sa totalité, des montagnes toujours trop grandes me rappellent que nous ne sommes que de
petites choses.
Du col de la Gypière, on passe en Italie. Le retour peut se faire par cette voie en revenant du côté fraçais par le col de Stroppia et retrouver le chemin montant peu avant le vallon des Aoupets,
mais je n'ai pas encore atteind mon objectif : observer tous les lacs du cirque de Chambeyron.
Je prends donc quelques nouveaux clichés : le Brec de Chambeyron surmonté d'une croix blanche posée à 3389m et escaladée ce matin-là, le lac (mais mon objectif manque toujours d'angle...) et le
dernier petit lac rencontré avant celui qui s'offre à mon regard.
Après une petite barre énergétique, j'entâme la descente vers Fouillouse.
Mais cette fois-ci, je m'écarte un peu du sentier pour aller observer deux lacs oubliés à la montée :
le Lac de l'Etoile, clair, peu profond
le Lac Noir, beaucoup plus grand, sombre
Puis je continue le retour en passant par le lac Long. Il est maintenant beaucoup plus éclairé qu'à la montée et l'observer dans l'autre sens offre un nouveau regard.
Puis le lac Premier que j'observe cette fois-ci depuis le refuge du Chambeyron.
J'y recharge mes gourdes d'eau fraîche et attaque véritablement la descente. Le chemin n'est que minéral, à flanc de montagne, et sans grand intérêt.
Les rencontres animales sont quasi inexistantes, peut-être parce que les rencontres humaines sont beaucoup plus fréquentes. Seules quelques marmottes sortent de leur terrier pour y rentrer aussitôt
mon pas entendu ou mon odeur sentie.
Le chemin zigzague au-dessus de Fouillouse et se veut lassant : après tout ce que j'ai pu admirer à la montée, ce chemin de terre encombré par des randonneurs bruyants, non respectueux de la
montagne (je les entends parler de bouquets d'édelweiss rapportés) n'a aucun attrait.
A 11h30, je retrouve le chemin initial, juste avant Fouillouse. Les gîtes sont maintenant beaucoup plus animés, les bars déjà visités et ce retour à la civilisation me donne envie de remonter dans
ces montagnes.
Un dernier cliché d'un cadran solaire datant de 1805 et je me retrouve au parking d'où j'étais parti un peu plus de 5 heures auparavant.
Au total, près de 18 km de marche, ponctués d'arrêts pour prendre ces clichés, et surtout m'en mettre plein les yeux. Il faut partir tôt pour profiter pleinement de la nature, en voici la
preuve.
Bonne rando !
Plus d'info :
Un article datant de 1948 sur les lacs de cette région :
Bourgin André. Lacs d'altitude des Alpes françaises. In: Revue de géographie alpine. 1948, Tome 36 N°1. pp. 161-167.
doi : 10.3406/rga.1948.4415
url :
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rga_0035-1121_1948_num_36_1_4415
Consulté le 30 octobre 2009
Le site de sauvegarde de la chapelle de Fouillouse :
http://www.amis-fouillouse.com/
Quelques informations culturelles sur Saint-Paul sur Ubaye :
http://www.mistral-web.fr/saintpaul.html